I. De l’époque pré-celtique à la
christianisation de la région
La tradition de la Saint-Jean est de
toute évidence une célébration
solaire qui marquerait le solstice d’été. Ceci marque
un éternel recommencement du déclin du soleil jusque six
mois plus tard, le 24 décembre, les jours commencent à nouveau à rallonger.
La roue marque donc la fin et le début d’un évènement,
la fin d’un cycle et le début d’un autre.
Nous ne pouvons pas situer exactement quand cette célébration eut
lieu pour la première fois. Nous savons par contre que les anciens et les primitifs attachaient de l’importance à la
religion et, cherchaient à se rapprocher des dieux au maximum. Ainsi,
quoi de mieux qu’une montagne ou une colline comme le Stromberg pour assouvir
leur désir religieux. Le feu est également un symbole fort pour eux car, il symbolise la lumière,
le soleil.
Nous savons également que beaucoup de peuples sont passés
par la région comme les Indus, peuple sédentaire, puis
conquis par les Aryens, un peuple à la peau claire venant d’Asie
centrale qui, se lassant de la guerre sont devenus sédentaires.
Ces mutations ont laissé place à la religion védique
composée de nombreux dieux.
Les Celtes ne sont pas vraiment à l’origine de cette fête.
C’est en s’installant dans notre région qu’ils
ont adopté les coutumes locales et apporté les leurs
et, au fil des siècles, se sont transformés en rite celtique. Chez les Celtes, la roue et le feu sont
les symboles de la divinité Taranis,
dieu celtique de la foudre. N’avons-nous donc pas ici une piste
pour ce qui est de l’origine de la tradition de la roue de la Saint-Jean ?
En 1930, une hache plate datant de l’époque du bronze, époque
celte, a été découverte dans une grotte du Stromberg.
Nous savons que la hache est associée aux divinités du
ciel et du tonnerre chez la civilisation indo-européenne, incluant
ainsi les celtes.
La pratique de la roue
enflammée avait sans doute également pour but d’assurer
la survie des différentes civilisations qui ont peuplé
la région. Ainsi, le rituel pouvait servir à garantir de
bonnes récoltes, une bonne météorologie, propice
aux différentes cultures comme les vignes, l’élevage
des troupeaux …
La christianisation s’est également
faite progressivement car, les Romains plus attachés à la
ville, la cité,
ont délaissé les campagnes toujours aussi adeptes des cultes
païens, autrement dit le paganisme. La roue de la Saint-Jean aurait
vraisemblablement disparu des mœurs
pour ensuite réapparaître sous le règne de Jean 1er
de Sierck au XIV° siècle.
La fête a bien entendu un sens religieux
mais là encore,
nous ne savons pas exactement à quoi il correspond. Peut-être
a-t-elle un lien avec la naissance du Christ qui se passe six mois après ?
Peut-être aussi fête-t-elle tout simplement la Saint Jean-Baptiste,
qui symbolise la descente du soleil. Le 27 Décembre, nous pouvons également
célébrer la Saint Jean, l’évangéliste
du solstice d’hiver orienté vers la remontée du soleil.
Lors de la Christianisation de la région, les prêtres ont
naturellement dû faire des concessions vis-à-vis de la culture
païenne très dominante et c’est ainsi que notre culture
et notre folklore se sont transformés au fil des siècles
pour nous donner un mélange de rites païens et religieux.
II. L’association entre Sierck et Contz
Certaines étapes des festivités sont essentielles au
bon déroulement de la fête.
Monsieur Albrecht Gelz donne une version
de la cérémonie
dans son ouvrage en allemand Die Mosel von Rettel bis Schloss Thorn : « Venant du Moyen Age, certainement datant de l’époque
celte, une tradition s’est maintenue à Contz-les-Bains
et Sierck : le 23 juin, la veille au soir de la St-Jean-Baptiste,
une roue enflammée est roulée dans la Moselle. Vers 22heures, un coup de fusil est tiré de la Mairie de
Sierck-les-Bains, donnant ainsi le départ de la fête.
Soudain, des centaines de brûlots sont allumés sur les
flancs de la colline du Stromberg. Sur la hauteur de celui-ci se consume
un brasier. Au travers du moyeu d’une roue enflammée une
perche a été glissée par des jeunes gens qui dévalent
ainsi la colline. D’autres agitent des torches. A la fontaine de la Burbach (fontaine
qui délimite la commune
de Sierck et de Contz, placée en bordure de chemin) au milieu
de la descente, se tiennent des femmes et des jeunes filles. Si
la roue atteint la fontaine de la Burbach, les acteurs contzois reçoivent
pour le refroidissement de la roue, un tonneau de vin. Sinon les Contzois
doivent aux Sierckois un grand panier de cerises (aigres ?).Enfin si la roue atteint la Moselle, ce qui est l’objectif,
une bonne récolte est assurée.La légende rappelle aussi que si cette coutume est interrompue,
ne serait-ce qu’une seule fois, la population et le bétail
seront frappés par la famine et par la peste ».
La
roue est l’élément
le plus important de la fête. En effet, la roue doit rester un
maximum de temps enflammée lors de sa descente. Ainsi, la roue
est noyée dans l’eau de la Moselle au préalable pour
ne pas qu’elle se consume trop rapidement. La roue est ensuite
recouverte de paille, de foin et de sarments de vignes. La roue est un fort symbole ancien pouvant
représenter le soleil,
ou bien encore un cercle qui incarne un renouveau incessant et sans fin.
L’eau fait également partie du folklore, notamment avec
le rite de la fontaine du Burbach. En effet, les femmes doivent se tenir à cette
fontaine.
Pourquoi des femmes ? Peut-être pour une signification religieuse
car la femme originelle, Eve, veut dire « eau ».
Peut-être aussi que ce symbole de l’eau peut venir d’un
mythe celtique ancien où, une jeune fille devait garder la clef
de la porte du puit, car, un simple moment d’inattention et le
puit peut inonder la vallée ou provoquer des sécheresses.
L’eau
est ainsi un élément important dans notre région
fertile.
La roue, le renouveau, mais aussi souvenons-nous
de l’expression
de la roue de la fortune, de la chance. L’eau, élément
nécessaire à la culture des terres et à l’élevage
du bétail.
Cette fête de la roue de la Saint-Jean est donc forte en symbolisme
car la région cherche avant tout à chasser les mauvais
présages et les superstitions.