Florent
LEG, apiculteur. (4)
Il a été piqué par l'amour des ruches dès son enfance. A 36 ans,
Florent LEG a toujours les mains engluées dans le miel et ne boude
pas son plaisir: "Je suis venu à ce métier
par passion. J'ai toujours aimé la nature. Je voulais faire un métier
qui soit à son contact. J'ai d'abord pensé à fermier ou vétérianaire,
mais donner la mort à un animal m'étais inconcevable!".
C'est finalement ce qui constituait un hobby pour son père qui deviendra
le métier du fils et de sa femme Géraldine. Apiculteur et propriétaire
du Rucher des Trois Frontières à Apach, Florent ne ménage pas sa
peine pour satisfaire abeilles et clients: "Je
possède deux cents ruches qui comptent chacune cent milles abeilles.
Le miel m'occupe entre dix et seize eures par quotidiennement sept
jours sur sept. Au moment de la confection de la gelée royale par
exemple, je dors peu". De l'élevage de ses reine qu'il redistribue aux quatre coins
de France, à la mise en pot en passant par la transhumance, Florent
LEG accomplit toujours sa tâche avec la plus grande rigueur. Un labeur
qui porte ses fruits puisque entre cinq et quinze tonnes du précieux
nectar sortent chaque année de sa "mielerie" come il l'appelle. Proposant
une dizaine de variété de miel (sapin, acaccia, châtaignier,...)
ce passionné tient la qualité pour seiul mot d'ordre.
Tributaire du climat, Florent LEG ne cède pourtant pas à l'alarmisme
apicole résultant des effets du réchauffement climatique: "C'est
vrai que les saisons sont décalées mais ca ne perturbe pas le rendement
de mon exploitation. Nous ne nous trouvons pas dans une grande région
au niveau de l'apiculture. Le manque de nourriture pour les abeilles
ne se fait pas trop ressentir. Dans le sud ouest par contre, la situationest
tout autre". Plus que les caprices du temps, ce sont surtout les
parasites tels que le varroa et le nosema qui selon lui, menacent
les ouvrières du miel.
Pour arranger les choses, l'homme, pas non plus exempt de reproches,
pourrait fair eune fleur aux butineuses. "L'idéal
serait de revenir à la culture vivrière mais c'est utopique. par
contre il serait sain d'encourager les jachères à intérêt apicole
pour que les abeilles puissent se nourrir et continuer à produire
du miel". Une mesure
qui pourrait être salvatrice pour le développement durable. unique
source de protéine des colonies, le pollen influe en effet directement
sur leur durée de vie.
Comme on ne saurait discuter les goûts de chacun en matière de miel,
Florent LEG se garde bien de recommander un pot plutôt qu'un autre.
En revanche, le fin connaisseur distille volontier quelques conseils
pour éviter les arnaques: "La cristallisation
rapide d'un miel de fleur signifie qu'il a conservé toutes ses propriétés.
S'il reste longtemps liquide, c'est qu'une bonne dose de glucose
a été rajoutée!".
Ami avec ses insectes, il pousse la complicité les unissant jusqu'au
point de ne jamais porter de vareuse. une marque de confiance qui
lui vaut régulièrement quelques piqûres de rappel sans que cela ne
le gêne le moins du monde. Tout le monde ne peut pas se piquer d'en
faire autant!
Rucher
des Trois Frontières Spécialité: miel, pain d'épices
et hydromel Adresse: Mr LEG Florent 106 route de Belmach 57480
Apach Tél: 03 82 83 22 51, Gsm: 06
80 84 61 02
Anna
Oberhausen (1821 - 1916)(1)
Anna Oberhausen naît le 13 mai 1821 à Haute-Kontz
(Moselle). Elle est la fille de Jean Oberhausen, cultivateur
et vigneron, né en 1793 à Haute-Kontz et de
Marguerite Kirsch, également native de ce village en 1790.
Anna,
qui ne sait ni lire, ni écrire, a deux soeurs,
Marguerite et Catherine, également illettrées, ainsi que trois
frères : Pierre, Jean et Georges, ce dernier sachant écrire.
Le village de Haute-Kontz, situé dans la vallée de la Moselle,
fait partie de la zone germanophone du département de la Moselle.
L'unique langue parlée par la population au XIXe siècle
est le francique luxembourgeois, dialecte faisant partie
des langues germaniques occidentales. Le luxembourgeois est
donc la langue maternelle d'Anna Oberhausen et n'ayant pas été scolarisée,
aucun argument n'indique qu'elle ait eu une quelconque connaissance
du français.
Anna Oberhausen se marie le 20 décembre 1847 à l’âge
de 26 ans avec Matthias Pauly, natif de Haute-Kontz, et également
dialectophone. Le couple conçoit trois enfants : Anne
Pauly née le 29 octobre 1850 et qui épousera Jean-Baptiste
Keichinger, Hubert et Marguerite.
Anna et Matthias déjà propriétaires d'une
maison, achètent le 9 mai 1855 une pièce
de terre qui augmente la taille d'un de leurs champs sur le
ban (territoire communal) de Haute-Kontz. Sa mère Marguerite
Kirsch décède le 28
novembre 1863 à l'âge de 73 ans. Anna
pert également son mari vers la même époque
alors qu’elle est âgée de 43 ans. Suite à la
mort prématurée de son mari, Anna " arrange " très
vite le mariage de sa fille Marguerite, encore très
jeune, avec Jean Even, un jeune homme de Haute-Kontz.
Autour de 1875,
Anna est déclarée sans emploi. Elle possède
alors une maison, une petite étable et un petit jardin
d'une superficie de 150 m2. Elle possède également
un vignoble au lieu-dit de Klackenberg sur une superficie
de 1100 m². La vigne est de nos jours toujours exploitée à Haute-Kontz
sous l'appellation " Vin de Moselle ".
Par les actes du 18 août puis du 10 décembre
1875, Anna vend ses biens pour la somme de 480 marks à sa
fille Anne et à son beau-fils Jean-Baptiste
tout en gardant la jouissance viagère de sa maison.
Le 31 mars 1877, sa fille Marguerite l'attaque en justice devant
le juge de paix de Thionville et obtient la vente de champs situés sur
les bans de Haute-Kontz et de Puttelange-lès-Rodemack pour en recevoir
le tiers de la valeur (les autres tiers revenant à sa sœur
et à sa mère, leur frère Hubert étant décédé).
Devenue infirme à la fin de sa vie, elle est accueillie
par sa fille Anne qui s’est établie à Uckange. Elle y
décède en 1916 à l'âge de 95 ans.
Anne
Pauly (1850 - 1936) (1)
Anne Pauly naît le 29 octobre 1850 à Haute-Kontz
(Moselle). Ses parents sont Matthias Pauly et Anna
Oberhausen, natifs de Haute-Kontz et dialectophones. Sa langue
maternelle est donc le francique luxembourgeois.
La famille Pauly compte également deux autres enfants, Marguerite,
la grande soeur d'Anne, ainsi que son frère Hubert. Anne a sans doute
pu profiter durant son jeune âge d'une instruction qui s'était répandue
sous le Second Empire partout en France et notamment en Moselle. Le temps passé à l'école
primaire était malheureusement très court, souvent deux à trois
années, ce qui explique que les enfants n'acquéraient que des connaissances
sommaires et incomplètes. Le problème était accru en Moselle
dialectophone où les enfants étaient souvent confrontés
pour la première fois au français en arrivant dans leur salle de
classe! Suite au décès de son père en 1864, alors
qu'elle n'a que 14 ans, puis au mariage de sa sœur Marguerite avec Jean
Even vers 1865, Anne se sent bientôt "exploitée " par
son beau-frère qui joue le rôle de nouveau maître de maison.
Elle quitte alors le domicile familial et s'engage comme servante à Thionville
(Moselle) au service d'une famille aisée originaire
de Nancy.
Anne est logée et nourrie par cette famille dont elle a
conservé un bon souvenir durant toute sa vie. Au début de ce travail,
sa mère se rendait à la fin de chaque mois à Thionville
pour se faire remettre le salaire d'Anne. Par la suite, la "patronne " d'Anne
s'oppose à cette pratique et dépose l'argent gagné par
la jeune bonne sur un livret d'épargne personnel. Durant cette période
qui n'a duré que quatre à cinq ans, Anne a beaucoup appris,
notamment à pratiquer le français. Elle apprend également à se
débrouiller dans les multiples situations de la vie. La guerre franco-allemande
de 1870 brise cette situation. Suite à la défaite de la France,
une grande partie du Nord de la Lorraine est annexée par le Reich allemand
en 1871. La famille francophone qui employait Anne quitte donc Thionville, rebaptisée
Diedenhoffen, et retourne en France. Anna aurait aimé accepter leur
proposition de les accompagner mais elle reste sur place pour ne pas s'éloigner
définitivement de sa mère.
Peut-être connaissait-elle également déjà le
jeune Jean-Baptiste
Keichinger qu'elle épouse le 3 octobre 1872 à Uckange
(Moselle), où elle a repris un travail de domestique. Le couple acquiert
une modeste maison dans cette ville. Les deux jeunes gens ayant grandis durant
l'époque de la Moselle française
restent durant les 48 années de l'annexion allemande de " fanatiques " patriotes
français.
Une fois installée à Uckange, Anne cultive un champ que l'administration
communale mettait à la disposition des familles qui ne disposaient
pas de terres. Elle élevait également jusqu'à deux chèvres
et peut-être du petit bétail. Leur fille Marie naît le 4
août 1873, puis Félix
Jean-Baptiste qui vient au monde le 7 septembre
1881 au domicile familial d'Uckange.
N’ayant que deux enfants à charge,
Anne disposait de temps pour effectuer de menus travaux de ménage, de
cuisine et de couture. Ses activités lui permirent de constituer des économies.
Plus tard, Anne accueillit chez elle sa mère devenue infirme et prit
soin d'elle jusqu'à sa mort à 95 ans en
1916.
Elle était la marraine de son petit-fils Nicolas Keichinger,
d'où son surnom de " petite marraine ". Une anecdote
raconte que Nicolas, très espiègle vers l'âge de 10 ans,
prit une chèvre de sa petite marraine, l'emmena et la fit rentrer dans
la maison d'un voisin ce qui entraîna un "scandale" dans
le village.
Anne aida dans les années 20 sa fille Marie pour le ménage
de sa maison et ses lessives. Elle retournait chez elle le soir. Vers la fin
de sa vie, elle accepta de rester définitivement chez elle afin de ne
pas se retrouver seule la nuit.Du point de vue du caractère, Anne
aurait eu la réplique prompte et un caractère assez indépendant.
Au niveau de l'éducation de ses enfants, elle n'était pas très à cheval
sur l'habillement et la correction corporelle. Anne recommandait vivement de
ne jamais battre un enfant qui avait un accès de fureur … mais
plutôt de lui jeter de l'eau froide à la figure, remède
qui pourtant ne réussissait pas toujours!
A l'occasion, elle faisait preuve de bon sens. Un riche propriétaire d'Uckange
avait eu un enterrement avec onze curés, ce qui provoqua l'indignation
de beaucoup de petites gens honnêtes. Pour Anne Keichinger cela ne posait
pas de problème : "Si sa vie a été mauvaise,
les onze curés ne le sauveront pas, si sa vie a été bonne,
un seul curé aurait suffit". Dans son ménage, c'est
Anne qui gérait les finances et surveillait très étroitement
le salaire et les dépenses de son mari. Elle vérifiait ainsi systématiquement
chaque paie jusqu'au dernier pfennig... Il ne manqua de l’argent qu’une
seule fois et Jean-Baptiste ne lui indiqua jamais ce qu’il en avait fait.
Anne le harcela jusqu’en 1918 alors que Jean-Baptiste était
sur son lit de mort... mais il ne dit jamais rien!
Nicolas Keichinger qui la voyait encore un peu au début
des années 30 lui avait présenté sa fiancée Alice.
D'après elle, Anne était une femme intelligente et gentille avec
qui " il était possible de discuter ". Anne était
gourmande et Alice lui apportait des bonbons ce qui était apprécié.
Anne Pauly décède le 26 mars 1936 à l'âge
de 85 ans.
L'abbé
Jacque SENZY (1752 - 1835). (5)
Le 13 juillet 1989 est inaugurée la rue de l'abbé SENZY à Kerling.
Qui est-il et pourquoi avoir attribué son nom à une rue du village
à cette date? L'histoire de Kerling à l'époque de la révolution française,
ne peut être dissociée de l'abbé SENZY, dont la tombe est mise à
jour en avril 1983 au cimetière de Kerling par Gabriel HENTZEN, qui
travaille alors au cimetière avec Henri PHILIPPE. L'abbé SCHOVING
se charge de décaper à la brosse et d'en déchiffrer les inscriptions.
On peut rappeler brièvement que cet abbé, né le 10 décembre 1752
à Saarelouis, ville alors bien française, est le fils de Jacque SENZY,
maître chamoiseur, et de Marie Catherine HAAS. Ordonné prêtre le
15 mars 1777, il se retrouve curé de Kerling le 7 octobre de la même
année, agé de moins de 25 ans! Sans doute son frère Pierre, coadjuteur
de la chartreuse de Rettel sous le nom de père Bruno, n'est-il pas
étranger à cette nomination. Si on ajoute qu'il fréquente avec aisance
les évêques suffragants de Trêves, et qu'il est aussi receveur du
don gratuit, l'on est bien obligé de reconnaître dans ce jeune et
brillant écclésiastique un joli spécimen de tenant de l'ancien régime!
Pourtant, pendant le révolution, on le trouve aux cotés d'autres
prêtres de la région, à la fois pour se soucier du bien-être de la
population dans ces temps difficiles, en même temps que pour adhérer
avec virulence à l'idée d'une église nationale et démocratique, telle
que lui semble la proposer la Constitution civile du clergé. Quel
jeu joue-t-il lorsqu'en 1791, élu maire de Kerling, il certifie lui
même, le 23 janvier, avoir purement et simplement prêté le serment
constitutionnel, tandis que son frère, réfractaire, émigre hors de
France? Quel jeu joue-t-il quand, curé de Kerling, il prononce à
Sierck un discours lors de la plantation de l'arbre de la liberté,
se faisant le chantre de la paix, de la liberté, de la patrie, et
appelant les citoyens de tous les états à renoncer à la vengeance
et à se pardonner, mais jurant aussi haine à la royauté et à l'anarchie,
attachement et fidélité à la République et à la constitution de l'an
III? Toujours est-il qu'en mai 1791, il est élu curé de Saarelouis,
mais il préfère son poste de curé de Kerling et de vicaire épiscopal
de Monseigneur l'évêque du département de la Moselle. Il gravite
dans l'orbite des puissants du nouveau régime. En 1793, alors que
la Terreur s'abat sur la France, il n'est ni banni, ni interné, ni
même condamné à mort, mais il préfère renoncer à toutes fonctions
ecclésiastiques. En 1794, parce que la paroisse de Kerling est vacante,
et parce que le culte de la religion est interdit en France, l'abbé
SENZY se dénommant curé de Kerling, célèbre des baptèmes d'enfants
de cette paroisse à Schengen et à Perl. C'est le temps de la Terreur,
quel rôle joue-t-il et s'est-il désolidarisé du mouvement révolutionnaire?
A partir de 1795 on le retrouve fidèle au poste. Il décède le 27
décembre 1835; les actes civils et paroissiaux lui prêtent 84 ans,
sa pierre tombale lui accorde sa 85ème année, en fait il en a 83
depuis 16 jours et il est inhumé au cimetière paroissial. Ce personnage
tant contreversé a-t-il vraiment été le révolutionnaire terrible
dont parle parfois la mémoire populaire? Aurait-il pu survivre durant
plus de quarante années après la Terreur au milieu d'un peuple qui
l'eut détesté? N'a-t-il vraiment joué qu'un jeu? Ou plutôt comme
le suggère l'abbé SCHOVING, "n'a-t-il pas tout simplement joué son
rôle: c'est à dire celui d'un curé de campagne citoyen, auquel les
circonstances de l'Histoire, la grâce de Dieu, et sans doute une
robuste santé, ont permis de se rendre utiles à ses frères?".
Cathy
et Roland REPPLINGER, fromagers. (3)
Le thermomètre indique 32°C. Il est 7h30, le lait fraîchement
tiré du pis de la vache entre en laboratoire à cette température.
La journée démarre à la ferme des Grands Vents. Comme chaque
matin de la semaine - le week end le lait de la traite est envoyé
en laiterie - Cathy REPPLINGER commence par verser les 300 litres
de lait récoltés dans la cuve de sa petite fabrique de fromage.
Pendant qu'à l'intérieur, la température de la traite du jours
monte doucement, la fromagère démoule les produits de la veille.
30 kg de fromage répartis en Pavés des Grands Vents, Tête de
Rep, Récollets et autres recettes maison savamment baptisées.
Cathy, infirmière de formation, ne sait pas au juste combien
elle a pu en élaborer depuis le lancement de son activité en
1999. Elle se souvient juste avoir commencé avec 40 litres de
lait brassés à la main. Et avoir attendu 2 mois avant de pouvoir
goûter le fruit de ses premiers tâtonnements. L'assurance a remplacé
l'impatience, le précieux temps de l'affinage varie maintenant
en fonction du résultat qu'elle cherche à obtenir.
Thermomètre à 34°C, la première cuvée de lait passe à la seconde
étape de transformation. Cathy remplit des petits moules ronds
étroit et hauts pour les fromages frais, rectangulaires pour
la tome. "jusqu'ici, la recette est la même". Elle ajoute un
peu de sel: "C'est l'affinage qui va
faire la différence de goût",
explique la productrice. Les fromages sont stockés dans des conditions
différentes selon qu'ils sont à pâte cuite ou crue, à pâte molle
ou dure. "Le temps et la température
ce sont les deux seuls éléments qu'on maîtrise, le reste on subit".
Car à la différence des industriels qui utilisent du lait standarisé,
ici la tenur du liquide change tous les jours en fonction du mélange
réalisé lors de la traite du jours. Production artisanale oblige.
Le temps de terminer la plonge, le thermomètre affiche 40°C.
Cathy recommence les mêmes manipulations pour la seconde cuvée.
Dans les derniers moules qu'elle vient de nettoyer, elle verse
la pâte dite "cuite" destinée à produire des fromages au goût
plus fort comme les Récollets ou les camembert. Elle les place
ensuite sur de larges plateaux en inox, à la place des blocs
de pâte affermis la veille. Après une nuit de repos, ils rejoindront
salles d'affinage et frigo. Certains y resteront deux mois "le
temps que la croûte se forme, durcisse et fleurisse comme il
faut", explique Cathy. Tous les jours elle retourne et décale
les fromages à pâte dure placés côte à côte sur des étagères
en bois. Toujours des plus vieux au plus jeunes. de sorte à ce
que les premiers ensemonce les seconds par le mouvement de ses
mains qui emmènent avec elles et déposent sur les planches le
mucor, ce champignon naturel qui contribue à donner leur à ses
fromages. Sur les tomes elle le laisse se développer, Sur les
Têtes de Rep, elle rince la croûte à l'eau trois fois par semaine.
Il est midi lorsqu'elle a fini d'emballer les produits prêts
pour la vente. A la ferme les vendredis et samedis après midi,
sur le marché de Thionville le samedi matin et depuis peu sur
celui de Merzig, en Allemagne, le premier mercredi de chaque
mois.
Ferme
les Grands Vents
Spécialité: fromage de vache Adresse: Mr & Mme REPPLINGER Roland & Cathy
1 route de Ritzing 57480 Kirsch les Sierck Tél: 03 82 83 78 42
Mme
Pierrette PORTEN, éleveuse de volaille. (2)
C'est au pied du château de Malbrouck que Pierrette PORTEN
s'est lancée dans l'élevage en 1993. A l'époque,
ce ne sont pas des bêtes à plumes que l'on retrouve à la
ferme, mais des bêtes à poils. "L'exploitation était à mon
oncme qui avait des vaches quand on l'a reprise. Mais elles ont eu
la brucellose et on a dû tout arrêter". loin de
se décourager, Pierrette et son époux, Alain se lancent
alors dans l'élevage de volailles en plein air, canards, poules
et oies. une expériencequi permet aujourd'hui à cette
ancienne aide comptable d'aborder le problème de la grippe
aviaire avec sérénité. "Il
y a deux ans, quand on a commencé à en entendre parler, j'étais
plus angoissée. On ne voyait que ça, partout, à la
télé, dans les journaux. Je finissais par regarder
mes poulets avec un drôle d'oeil. Maintenant je ne me pose
plus de questions".
D'autant que la ferme bénéficie d'une déroguation
délivrée par les services vétérinaires
suite à leur visite. "Ici, nous
ne sommes pas dans une zone de passage d'oiseaux migrateurs. On n'a
pas de lac à proximité.
On est donc moins exposé; ce sont les nuisibles comme les
renards et les fouines qui constituent nore plus gros soucis. Si
jamais on oublie les bêtes dehors les soir, le lendemain matin
il faut les ramasser à la brouette".
Toutefois, si les canards et galinacés sont autorisés à évoluer
en extérieur, c'est sous réserve de respect de quelques
règles, comme l'explique l'éleveuse. "Nous n'avons
pas le droit de leur donner à manger en leur jetant des graines.
La nourriture doit être dans des récipients couverts
et c'est la même chose pour l'eau, pour ne pas attirer les
oiseaux sauvages".
Dans l'hypothèse où Pierrette devrait élever
ses canards enfermés, elle annonce clairement qu'elle cesserait
son activité pour fair autre chose. "Les confiner ne
me semble pas être la solution. Il y a quelque temps, on a
vu un élevage, qui n'était jamais sorti, atteint par
la maladie. A prioris, ce serait par la paille qu'il a contracté le
virus? D'ici à ce qu'on nous demande par la suite de désinfecté la
paille. Dites moi, où on va?", interroge Pierrette.
"Moi je fais des produits naturels, élevés en plein air,
nourris au grain de maïs. Des canards qui grandissent enfermés
dans un bâtiment, même s'ils sont nourris avec des graines, ils
ne sont pas naturels. Ce sont des animaux fait pour vivre dehors. Quand il
pleut, il faut voir les canards se mettre droit comme des cierges, par ce qu'ils
sont heureux. Dans les élevages en bâtiments, il faut leur donner
des compléments pour qu'ils tiennent le coup. Sans l'herbe fraîche
et les vers, ils leur manquent des vitamines. Il n'y à qu'au grand air
qu'ils poussent vite". "On les voit vraiment
grandir de jours en jours, surtout les oies", renchérit Adeline, la cadette de la famille
venue rejoindre sa maman dans la boutique aménagée dans les anciennes
écuries.
Bien que très attachée à ses animaux, Pierrette
avoue cependant n'avoir aucun état d'âme lorsque vient
le moment de les tuer pour les transformer en rillettes, pâtés,
confits ou foies gras. "J'ai grandis dans
une ferme. Voir le coq courrir toute la semaine et le manger le dimanche,
cela fait partie d'un déroulement naturel. Et puis, il ne
faut pas trop y penser, sinon on ne le fait plus". Pourtant quand son mari
lui a proposé
de faire du gavage et de la transformation, Pierrette se souvient
lui avoir dit d'abords: "Ah! Non, non, ça je ne le ferais
jamais. Et aujourd'hui, je le fais de septembre à avril",
dit elle avec un large sourir.
Quand on lui demande, l'activité qu'elle préfère
dans l'exploitation, Pierrette répond sans hésiter: "La
période de la transformation. Les journées sont bien
pleines, je suis au boulot de 7h du matin à 11h du soir, voir
plus. C'est fatiguant, je suis stressée mais j'ai besoin de ça
pour avancer dans mon travail. Pour chaque bête, je me demande
si c'est le bon moment pour la tuer, si elle va avoir un beau foie.
J'aime ce moment où je prépare mes bocaux pour refaire
mes stocks. Je sais qu'après il y a la récompense,
quand les gens me disent après avoir dégusté
mes rillettes ou mon pâté: Hum, c'est bon! C'est le
bonheur!".
En attendant sa rentrée, Pierrette en profite un peu pour
se reposer avant de réattaquer. "De
mai à fin
août, je suis cool; Le matin, je fais le tour et j'ouvre les
parcs pour que les bêtes puissent sortir. Je paille les petits
canards qui n'ont pas encore le droit d'aller dehors. Je vérifie
que tout le monde a de quoi manger et je ne revient qu'en fin de
journée pour les rentrer avant la nuit".
Le pélerinage de Saint Cyriaque vu par deux sierckois en 1788. (6)
Ce récit à été écrit par Michel GREGOIRE (1853-1940) d'après les carnets et les notes de son grand père pour la réalisation d'une grande frasque biographique et historique intitulée "Histoire de mon grand père" qui retrace la vie à Sierck et dans les environs de 1750 à 1842. Certains détails peuvent paraître excessif, mais l'histoire n'en reste pas moins vraie.
"Le printemps nous avait amené une masse d'ouvrages, aussi bien dans la vigne que dans les jardins et dans les champs, mais on aimait le travail. Seulement, ma belle mère souffrait de la jambe gauche qui par moment enflait beaucoup et à cet effet Anne Marie et moi proposâmes d'aller en pélerinage à Montenach invoquersaint Cyriaque pour ce membre malade, car avant la révolution ce pélerinage été très fréquenté et des gens venaient de loin, de sorte que Sierck et Montenach étaient déjà le samedi plein de pélerins, qui logeaient dans les granges, les hangars enfin comme ils le pouvaient. Du reste, Montenach était un village bien misérable à cette époque, les maisons, formées d'un rez de chaussée seulement, couvertes de chaumes ou de plaques de quartzite avec de petites fenêtre laissant à peine passer l'air et la lumière; elles étaient groupées à mi côte autour de l'église qui était de construction bien primitive, vu qu'elle datait de 1208; la seule richesse des habitants consistait en quelques chèvres et montons et ils cultivaient les terres arides de ces côtes, car les champs sur les hauteurs appartenaient aux fermes alentours, où ils étaient tous des journaliers et par de mauvaises années ces gens souffraient de la faim et des privations.
Anne Marie et moi même partîmes à 7 heures du matin, elle avait pris son petit panier dans lequel elle avait mis deux bons morceaux de pain, quatre oeufs durs et une demi douzaine de pommes tourillons, et prenant son livre de messe et son chapelet nous nous mîmes en route. Je tenais mon châpeau à la main et nous priions le chapelet à haute voix. Moi je faisais les demandes et elle les réponses et nous suivions le chemin abrupt et pierreux couvert de pélerins venant de la Prusse et du Luxembourg, même il y en avait qui marchainet pied nus par pénitence.
Arrivés près de l'église il y avait quantité de boutiques, sous les grands tilleuls séculaires qui devaient être aussi vieux que l'église, et surtout des marchands d'ex-voto, car à cette époque on offrait au saint un membre en cire jaune, soit un bras ou une jambe qui devait représenter le membre souffrant, but du pélerinage. Je m'approchais donc d'un marchand et choisis une jambe de cire assez grande que je payais douze sols et un cierge de huit sols. Puis nous entrâmes à l'église bondéede mondeet arrivant au choeur nous vîmes une statue de bois peint représentant saint Cyriacus; à droite, une grande table un peu inclinée sur laquelle on déposait les ex-voto et à gauche une table remplie de pointes dans lesquelles on assujettissait le cierge et devant la statue une corbeille où l'on mettait l'offrande.
Après que j'eus déposé la jambe de cire et que Anne Marie eut fixé son cierge allumé dans une pointe, nous fîmes une courte prière, je jetais deux gros sols dans le panier et nous nous éloignâmes. Mais le but du pélerinage n'était pas accompli et nous nous mîmes à tout haut en suivant le sentier très raide qui nous mena à une chapelle du saint sur la montagne de la Claus. Arrivés là, nous vîmes une chapelle d'un aspect primitif, formée de trois murs et couverte d'un toit en dalles de quartzite; à l'intérieur, un grand Christ et sur un petit rebord servant d'autel, la statues du saint avec quelques cierges allumés de chaque coté; devant une porte en lattes de bois fermée, sur le sol à l'intérieur, une grande quantité de gros et petit sols et même quelques pierres blanches. Je pris donc dans ma bourse deux gros sous que je jetai par la grille dans l'intérieur de la chapelle, puis priant encore un pater et un ave nous redescebdîmes de la montagne pour assisster à la messe.
Comme il était à peine neuf heures et que nous avions encore une heure à attendre, nous allâmes visiter les boutiquiers sous les tilleuls, le père Kop et le père Borhoven avaient monté chacun une baraque en planche rudimentaire, au fond se trouvaient deux tonneaux de qutre hottes environ; l'un contenait du vin blanc qui coutait trois sols la chopine et l'autre du rouge coûtant quatre sous, et dans des paniers quantité de patt de une et de demi chopine. Il n'y avait ni cruches ni verres, de sorte que si l'on était à plusieurs et que l'on demandait une chopine, on vous servait cela dans un patt et l'on buvait à tour de rôle. C'est pourquoi je demandai une chopine de vin rouge que l'on nous servit dans un patt, je donnai qutre sols et nous nous assîmes sur une grosse pierre qui nous servit de banc et ma femme ayant retiré de son panier le pain, les oeufs et les pommes, nous mangeâmes de bon appétit et bûmes notre vin à tour de rôle. A coté de nous était établi un boulanger qui vendait son pain par tranches et plus loin il y en avait un qui faisait des pancouffes et qui n'avait pas l'air de faire des mauvaises affaires, enfin le temps favorisait tous ces gens et c'est pourquoi la bonne humeur régnait partout; aussi y avait-il autour de l'église une ambiance extraordinaire.
Enfin le dernier coup sonne, tout le monde se précipite à l'église qui était déjà pleine de monde et plus de la moitié de la foule se tenait dans le cimetière entourant l'église et suivait la messe comme elle le pouvait. Aussitôt l'office terminé, la plupart des pèlerins entreprirent la montée de la Clauss, mais ma femme et moi nous retournâmes à Sierck en passant par Sulzem et en suivant le sentier le long du ruisseau; Nous passâmes à coté de la Schleifmüle et rentrâmes dans notre jardin à Marienfloss vois si les semences étaient bien levées et rentrâmes chez nous à midi et demi.
Ma femme avait acheté un petit cheval de bois pour Nicolas et une petit poupée pour Marguerite, de sorte que la plus grande joie régnait à la maison; on mit de suite la table; les invalides (la famille Grégoire logeait et nourissait deux vétérans des armées, reconnus invalides. En échange, ceux-ci participaient aux travaux domestiques et agricoles) avaient soigné la cuisine, car ma belle mère était alitée et on s'estimait heureux autour d'une bonne soupe au jambon et de pomme de terre cuite dans le jus. A cette époque on allait beaucoup en pèlerinage. Les uns pour satisfaire un voeu et les autres pour profiter de la fête au village, car chaque village avait son saint favoris, ainsi à Haute Kontz on invoquait saint médard contre la maladie des porcs et on donnait en offrande une mâchoire de porc fumée (Kennback), à Schengen c'était Salvator Mundi, le deuxième dimanche après Pâques pour les maux de tête, à Apach la saint Donat, contre la foudre, à Lémestroff la saint Erasmus, pour les maux de ventre, à Malling la saint Celse pour la maladie des chevaux. A Rettel la saint Sixte pour une bonne mort et à Koenigsmacker le Christ flagellé contre les rhumatismes articulaires. Et le jours du pèlerinage il y avait fête au village (Dêpefescht)."