LOUIS
THEOBALD Forgeron à Hargarten les Laumesfeld
Dans la vie, il y a au moins toujours deux options possibles:
obeïr aux conventions ou suivre son inspiration. Louis THEOBALD
a choisi depuis longtemps. Lui reconnaît d'ailleurs son coté "marginal.
D'ailleurs, j'en suis très fier!", lâche-t-il, dans un grand éclat
de rire qui fait subitement se tordre ses drôles de bacchante maintenant
poivre et sel. Ah, si ces dernières pouvaient parler! "C'est
vrai que j'ai un peu voyagé...sur trois continents!". Afrique, Inde,
Asie, un circuit très "classique" - le plus souvent à pied - pour
beaucoup de jeunes gens vers la fin des années 70, en pleine époque
du flowers power et du mouvement hippie. "Tout
était possible, on pouvait prendre de nouveaux chemins. C'est le
temps où on a pu enfin faire descendre l'art dans la rue, que ce
soit la musique ou la peinture. Moi, ma passion, c'était le fer
forgé..."
De ces années d'itinérance, l'homme a tiré le meilleur. "En
Inde, j'ai dormi dans des ashrams, je me suis trouvé en Iran au
moment de la révolution, en Afghanistan quand les russes ont déparqués...
J'ai effectivement vécu beaucoup de choses, mais l'essentiel, c'était
ma démarche spirituelle. En Inde, on dit souvent "parfais la matière
et pafais-toi toi-même". Interprétez le comme vous voulez, mais
en gros l'idée c'est de donner vie à la matière. Et c'est ce que
je fais depuis dans ma forge".
Une forge installée depuis sept ans à Hargarten les Laumesfeld,
un peu à l'écart du bourg "à
cause du bruit" du marteau frappant
habituellement le fer rouge sur l'enclume. "J'aime
le travail mais ne me demandez pas de reproduire quoi que ce soit.
Si je me suis lancé, c'est pour exprimer ma créativité. Par ce
que c'est ma vie, le chemin que j'ai justement trouvé au grés de
mon cheminement",
avertit le personnage. L'artiste puise dans la mythologie celte
une force qui le dépasse presque. "Ce
sont eux qui ont tout inventé. Le premier âge du fer se situe à
-700 avant Jésus Christ et depuis, la technique n'a pas trop évolué...".
D'un point de vue strictement esthétique, c'est à peu près
idem. "Il y a eut l'art nouveau, et
depuis plus rien. Moi je veux rendre la forge vivante. Si on se
contente de faire des copies, on fait mourir cet art". Alors, dans
ce coin de Lorraine où il a souhaité revenir après avoir tant bourlingué,
Louis THEOBALD n'en finit plus de faire parler ses mains. Rugueuses,
forcément burinées par ces heures passées à matraquer la matière
première "afin de lui donner vie". Ce fer qui l'obsède tant depuis
son enfance au Pays de la Nied où il observait son père réparer
lui même les outils de la ferme. "Les
étincelles qui se forment, il y avait un coté magique, cosmique...". Remarquez, les débuts
n'ont pas toujours été faciles "parfois
je devais choisir entre manger ou garder l'argent pour acheter
du charbon. J'ai aussi eu un logeur compréhensif. D'autres n'auraient
pas accepté les loyers en retards...".
Aujourd'hui, l'emploi du temps de louis THEOBALD commence sérieusement
à être chargé. D'abord par ce que la réalisation de chaque oeuvre
nécessite un temps fou, ensuite par ce que les commandes s'accumulent.
Des particuliers ont succombé à sa façon de créer des pièces de
mobilier uniques. A Rodemack, il est quasiement intervenant permanent
pour l'Association des Vielles Pierres, à Sarreburg (Allemagne),
il vient juste d'installer une sculpture monumentale dans le cadre
de la délocalisation d'un projet artistique mené en marge de Luxembourg,
capitale européenne de la culture... "Je
suis pris jusqu'en 2009", confirme le ferronnier d'art
pour qui le seul salut de l'homme passe par le travail. "La
vie n'est qu'une école [...] Aujourd'hui, je me rend compte que
tout ce que j'ai fait par le passé était une suite. Une suite logique
qui me permet de faire ce que j'aime aujourd'hui". En toute liberté. Avec
un certain talent aussi.
(reprise de l'article de C. FOLNY du Républicain Lorrain
du 17 août)
Adresse: 26
rue de la Gare Hargarten 57480 Laumesfeld